DOSSO Baoulé Tiémoko (Membre du Conseil d’Administration, Président d’honneur volley-ball) « L’ASEC, une grande famille »

UN CLUB, DES FEMMES & DES HOMMES

Véritable monument de l’ASEC Mimosas, le Président DOSSO Tiémoko a marqué de son empreinte l’histoire de la section volley-ball qu’il a dirigée de 1989 à 2023. En trente-quatre années de présidence, ses équipes ont remporté un impressionnant total de 25 titres de champion de Côte d’Ivoire, 23 Coupes nationales et 18 Supercoupes, faisant de lui, l’un des dirigeants les plus titrés de la Côte d’Ivoire. Parmi les plus anciens membres du Conseil d’Administration, il est aussi un témoin privilégié de l’évolution de l’ASEC Mimosas. De son coup de foudre pour les Jaune et Noir en 1957 à son engagement de dirigeant, il revient dans notre rubrique « Un club, les femmes et les hommes » sur les rencontres, les joies et les épreuves qui ont jalonné près de sept décennies de fidélité au club de son cœur.

Comment et quand a démarré votre histoire avec l'ASEC Mimosas ?

C’est une longue histoire. J’étais à l’école primaire à Téhini. Nous avions un instituteur dahoméen (ancienne appellation des Béninois, NDLR) du nom d’AMOUSSOU Emmanuel. Passionné de football, il était également un fervent supporter de l’ASEC Mimosas. Un jour de 1957, il organisa un match entre les élèves. Pour constituer les équipes, il nous divisa en deux groupes. Celui de droite, dont je faisais partie, portait le nom ASEC, tandis que celui de gauche s’appelait Africa. Tout est parti de là. Depuis ce jour, je suis tombé amoureux de l’ASEC Mimosas, de ses couleurs jaune et noir et de tout ce qu’elles représentaient. J’acceptais avec enthousiasme les invitations de notre instituteur, homme affable, à venir suivre les matchs de l’ASEC chez lui, autour de son poste transistor. C’est ainsi qu’est née une passion qui ne m’a plus jamais quitté.

 

Quelle personnalité du club vous a le plus inspirée et pourquoi ?

Le PCA, Me Roger OUEGNIN est hors course, alors la personnalité qui m’a le plus inspiré est sans conteste Me KONÉ Mamadou, ancien Président du CNACO. C’était un homme doté d’une philosophie de vie exceptionnelle et d’une vision que l’on rencontre rarement. En 2010, notre équipe féminine de volley-ball venait d’être sacrée championne de Côte d’Ivoire. Le président de l’AS Tanda (honorable KOBENA Sévérin, NDLR) nous approcha, officiellement pour nous apporter son soutien. En réalité, son objectif était de recruter nos meilleures joueuses. Il nous a pris 9 joueuses sur 12 ainsi que notre entraîneur principal (BAGATÉ Soma, NDLR). Je me suis alors retrouvé champion sans équipe. Découragé, j’ai même envisagé d’abandonner. C’est à ce moment que Me KONÉ m’a tenu des propos qui m’ont profondément marqué. Il m’expliqua que cela faisait partie du « cheminement de la vie » et ajouta : «Si quelqu’un est plus fort que toi, ne cherche pas à le suivre. Travaille plutôt à devenir comme lui, car si tu te contentes de le suivre, il ira toujours plus loin et tu ne le rattraperas jamais ». Il faisait allusion aux moyens considérables dont disposait l’AS Tanda en ce moment. Mais il me rassura également en promettant d’intervenir auprès du PCA, Me Roger OUEGNIN afin que le club nous aide à reconstruire une nouvelle génération de joueuses. Ce jour-là, j’ai découvert chez lui une grandeur d’esprit et un sens du discernement remarquables.

 

Quel a été le moment le plus fort de votre vie de supporter ?

Mon plus grand souvenir de supporter reste le match retour des quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Clubs Champions, en 1973, contre le Hadia de Conakry (8e de finale retour, 4-3 ; Score cumulé: 5-5, qualification du Hafia aux tirs au but, NDLR). À l’époque, j’étais étudiant à l’ENSTP, aujourd’hui INP-HB. Avec des amis, nous étions arrivés au Stade Félix HOUPHOUËT-BOIGNY dès 8 heures du matin alors que le coup d’envoi du match était prévu à 16 heures. Nous avons assisté à une prestation exceptionnelle de toute l’équipe et de Laurent POKOU en particulier, auteur d’un triplé en l’espace d’un quart d’heure. Malgré cet exploit, l’ASEC fut éliminée. J’en suis resté profondément marqué. Pour le jeune supporter que je fusse, il était inconcevable qu’une équipe qui avait autant donné, portée par un Laurent POKOU héroïque, puisse être éliminée.

 

Quel évènement reste gravé dans votre mémoire ?

Le souvenir le plus douloureux de ma carrière de dirigeant reste sans aucun doute le décès de DAN Lartey en 1989. Lorsque j’ai été nommé président de la section volley-ball, je suis allé à Accra, au Ghana avec des amis recruter 2 joueurs et 2 joueuses pour renforcer nos effectifs, notamment DAN Lartey, Michael OKOLO, ESSIS Elisabeth et SARKEY Alberta. Nous réalisions une excellente saison et préparions la finale du championnat-hommes. Un mardi, à l’entraînement au Champroux, DAN se plaignit de douleurs abdominales. Le médecin de l’équipe, le Dr KOUADIO Simplice, lui fixa un rendez-vous pour le lendemain. Dès 9h, les examens révélèrent une appendicite nécessitant une intervention chirurgicale. Jusqu’à 18h, rien n’y fit mais je n’étais pas inquiet dans la mesure où il était en de bonnes mains, ceux du médecin de l’équipe. Dans la nuit, vers une heure du matin, le téléphone sonna. Au bout du fil, après un long silence, Dr KOUADIO me dit : « Président, ça n’a pas marché… DAN est décédé pendant l’intervention ». Ce fut un choc indescriptible. Je me suis immédiatement rendu au CHU de Cocody pour constater l’ampleur du drame. Le lendemain, je suis allé informer le Président Ahoua KANGA Michel. Il m’a reçu avec beaucoup de bienveillance en précisant : «C’est un message » et a aussitôt pris les dispositions nécessaires. Le corps fut transféré à IVOSEP. L’ambassade du Ghana, la Fédération Ghanéenne de Volley-ball ainsi que la famille furent informées. L’ASEC prit intégralement en charge les frais liés aux obsèques et au rapatriement du corps. À la demande des autorités sportives ghanéennes, une délégation composée de l’équipe de l’ASEC, de représentants d'autres clubs, notamment le Red Star et l’Africa et de la Fédération Ivoirienne de Volley-ball se rendit à Accra pour un match hommage et les funérailles. Pour rappel, DAN était le capitaine de l’équipe nationale du Ghana. Grâce au soutien de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Ghana, tout se déroula dans les meilleures conditions. Ce drame demeure une épreuve marquante de ma vie, mais je n’oublierai jamais le soutien du club qui ne m’a jamais abandonné.

 

Votre joueur de l'ASEC préféré de tous les temps?

Je citerai Christophe BAZO. C’était un remarquable régulateur de jeu, doté d’une excellente lecture du jeu et d’un état d’esprit exemplaire. Il m’a profondément marqué par ses qualités humaines et sportives.

 

Avez-vous une anecdote marquante à partager avec les lecteurs ?

Lorsque je suis arrivé au Collège Moderne de Bouaké, devenu plus tard Lycée Classique de Bouaké, en 1966, j’ai retrouvé plusieurs amis fervents supporters de l’ASEC, notamment ISSONAY Niaba et Martin ALLIALI. Je me suis immédiatement senti en famille. Un matin, ISSONAY nous réunit et proposa de créer une association de supporters du lycée. Il trouva même un nom : ASEC, pour Association des Supporters des Élèves du Collège. L’idée nous séduisit immédiatement. Nous étions fiers de porter ce sigle qui nous rappelait sans cesse les succès de notre club de cœur. Je garde également le souvenir d’un épisode survenu en 1992 lors de la finale du championnat masculin de volley-ball contre l’AUC. L’ASEC menait largement 1, 2 puis 3 sets à 0, lorsque des étudiants envahirent l’aire de jeu du Forum et renversèrent la chaise de l’arbitre, l’honorable Sika Mondon Michel. Après examen des faits, la commission d’organisation nous déclara vainqueurs. Cependant, le président de la Fédération, absent ce jour-là, décida au cours d’une réunion de faire rejouer le match. Informé de la situation, le PCA Me Roger OUEGNIN intervint personnellement en écrivant à la Fédération pour demander que l’ASEC soit rétablie dans ses droits, faute de quoi, le club se retirerait du championnat. Cet épisode marqua malheureusement le déclin de l’équipe masculine.

 

 

 

Comment voyez-vous l’ASEC Mimosas dans les prochaines années ?

Au regard de tout ce que le club a construit au cours de ces 30 dernières années, il ne peut pas reculer. Au-delà du football, l’ASEC Mimosas est devenue sous la gouvernance de Me Roger OUEGNIN, une véritable entreprise, dotée de bases solides et de nombreux leviers de développement. Mon souhait est de voir le club redevenir pleinement omnisports, comme il l’était à ses débuts, malgré des moyens beaucoup plus modestes. Je rappelle qu’en 1989, j’ai été nommé en remplacement du président Mohamed DAHER parti s’installer au Gabon (à ne pas confondre avec le président de la section basketball Ali DAHER, NDLR), président de la section volley-ball par le Président Ahoua KANGA Michel, sur proposition du Général Tanny, Commandant supérieur de la gendarmerie, alors président des sports de main à l’ASEC. À cette époque, toutes les grandes disciplines étaient représentées au sein du club. En tant qu’étudiants, nous assistions avec bonheur aux compétitions organisées sur le campus.

J’aimerais tant retrouver cette effervescence et cette richesse qui faisaient autrefois vibrer les différentes disciplines sportives de l’ASEC Mimosas. C’était une époque particulière dans la vie du club et de ses supporters. L’annonce de la construction d’un gymnase à Gboro Gbata nous redonne l’espoir de voir renaître cette belle dynamique, au moment où elle pourrait être plus que jamais nécessaire.

 

En résumé, que représente l’ASEC pour vous, en quelques mots ?

L’ASEC Mimosas est avant tout une grande famille. Dans toutes les sections et toutes les disciplines, cet esprit de famille prédomine. Comme dans toute famille unie, les opinions peuvent parfois diverger, mais l’essentiel reste intact. A savoir, la solidarité, la cohésion et l’attachement au club. Que nous soyons satisfaits ou non, nous restons tous rassemblés derrière notre Président du Conseil d’Administration et derrière les valeurs qui font la force de l’ASEC Mimosas.

 

Par Clément DIAKITÉ