INTERVIEW BAROUD Khalil (Fils du Président d’honneur Ibrahim BAROUD)

À la maison, l’ASEC occupait une place centrale

De Sol Béni à ses souvenirs d’enfance, BAROUD Khalil ravive l’héritage de son père, Ibrahim BAROUD ancien Président d’honneur de l’ASEC Mimosas. Entre fierté, nostalgie et passion du football, il incarne une mémoire vivante du club Jaune et Noir, avec en filigrane une question fondamentale : la relève est-elle en marche ? Lisez.




Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Je me nomme BAROUD Khalil, fils du défunt Président d’honneur de l’ASEC Mimosas. Je suis marié à Nivine et père de trois enfants : Ibrahim, 14 ans, qui porte le nom de mon père, Karim, 13 ans, et la benjamine, Perla, 8 mois. J’évolue dans le domaine de la pêche, mais aussi administrateur d’une SCI.

 

Vous voilà à Sol Béni, le cœur historique de l’ASEC Mimosas. Qu’est-ce qui vous y ramène aujourd’hui? Ma présence à Sol Béni est le fruit d’un heureux concours de circonstances, lié notamment à mes deux fils, tous deux passionnés de football et pensionnaires du centre de formation Bright Academy CI. Je les accompagne de près dans leur progression. À l’occasion d’un match amical contre une académie d’Abobo, j’ai tissé des liens solides avec un entraîneur, avec qui je suis resté en contact. Ayant appris mon lien avec feu le Président Ibrahim BAROUD, il m’a sollicité pour faciliter l’organisation d’un match amical avec les jeunes de l’Académie MimoSifcom. Ce qui a été réalisé aujourd’hui (Ndlr: mercredi 25 mars dernier), pour le plus grand bonheur de tous.

 

Quels sentiments vous a traversé en retrouvant cet endroit si chargé de souvenirs pour votre famille?

Ce retour à Sol Béni a fait naître en moi une profonde émotion, mêlant joie et nostalgie. De nombreux souvenirs d’enfance ont resurgi. Ceux des moments passés ici avec mon père, j’avais entre 11 et 12 ans, à observer les entraînements de l’Académie et de l’équipe professionnelle. Une certaine mélancolie m’a également envahi en pensant aux changements et aux êtres chers aujourd’hui disparus, notamment mon père. Revoir le bâtiment de l’Académie MimoSifcom, qui porte son nom, a été un moment particulièrement fort. Ce lieu symbolique m’a reconnecté à mes racines et a ravivé mon attachement à l’ASEC Mimosas. Passionné de football, je supporte deux équipes dans le monde : l’ASEC Mimosas et le Paris Saint-Germain.

 

Marcher sur les traces de votre père, décédé en 2001, est-ce surtout un moment de mémoire ou un engagement personnel ?

Au-delà de tout, ce moment est pour moi, un instant de mémoire. Marcher dans les pas de son père, c’est honorer son héritage, se souvenir de ce qu’il a représenté pour le football ivoirien et pour l’ASEC Mimosas en particulier, ainsi que des valeurs qu’il a transmises à ses enfants. Je ne suis pas engagé aujourd’hui dans une démarche particulière au sein du club, mais l’avenir reste ouvert. Si je dois, à ma manière, prolonger son héritage en m’investissant dans les valeurs qu’il défendait, cela se fera naturellement. Pour l’heure, mes obligations ne me permettent pas d’être aussi présent à Abidjan qu’il ne l’était.

 

Avez-vous un souvenir précis qui illustre l’attachement de votre père à l’ASEC Mimosas?

Son engagement reste pour moi une source d’inspiration. Il était constamment disponible et profondément investi dans la vie du club. À la maison, l’ASEC occupait une place centrale. Nous vivions et respirions Jaune et Noir. Les week-ends étaient entièrement consacrés à l’ASEC Mimosas. C’était remarquable.

 

Selon vous, quelle a été son empreinte la plus durable au sein du club?

L’une de ses empreintes les plus marquantes résidait dans l’attention qu’il portait aux joueurs et au personnel. Après chaque grande victoire, il avait pour habitude de récompenser les joueurs et le personnel du club qu’il trouvait sur place à Sol Béni. Ce geste traduisait sa reconnaissance du travail collectif et renforçait la motivation, la solidarité ainsi que l’esprit de famille. Aujourd’hui encore, selon ce qui me revient, cette culture perdure au sein du club sous l’impulsion du PCA, Me Roger OUEGNIN, qui ne ménage aucun effort pour offrir aux joueurs des conditions salariales et de travail optimales.

 

Comment voyez-vous l’évolution de l’ASEC Mimosas?

Globalement, je considère que l’évolution de l’ASEC Mimosas est positive, malgré les défis rencontrés. Après le décès de mon père, notre famille s’est installée au Liban pendant plusieurs années, avant de revenir une dizaine d’années plus tard à Abidjan. À notre retour, j’ai constaté que le club avait su préserver ses valeurs, notamment la formation des jeunes, la discipline et l’esprit d’équipe. L’ASEC continue de progresser, avec notamment le complexe sportif Gboro Gbata en cours d’achèvement, tout en restant fidèle à son identité.

 

Terminons sur une note purement personnelle. Si votre père pouvait vous voir aujourd’hui ici (Ndlr, mercredi 25 mars dernier), à Sol Béni, que pensez-vous qu’il vous dirait?

Je suis convaincu qu’il serait profondément fier. Fidèle à lui-même, il ne dirait sans doute pas grand-chose, mais son regard suffirait à exprimer sa satisfaction. Il m’encouragerait à poursuivre sur cette voie, à rester attaché à ce club qui lui était si cher et à avancer avec passion. Et, au fond, c’est ce regard que je m’efforce d’honorer chaque jour.

Interview réalisée par Clément DIAKITÉ