Interview bilan saison 2025-2026 Julien CHEVALIER (Entraîneur Principal de l’ASEC Mimosas)

« Ce titre récompense énormément de travail »

Résilience, gestion de la pression, construction d’un collectif et ambition africaine : le technicien français de l’ASEC Mimosas, Julien CHEVALIER, revient sur une saison contrastée mais finalement réussie, marquée par la conquête du 30e titre de champion du club et de son quatrième titre personnel. Dans cet entretien exclusif, il s’exprime avec franchise et sans détour.

Bonjour Julien et bravo pour ce titre qui nous rend fiers, et on s'en est rendu d'ailleurs compte lors de la célébration, tout le monde était heureux et la fête était belle…

Nous avons effectivement eu l’occasion de clôturer cette saison par un moment convivial et festif dans un contexte particulier, notamment grâce au doublé réalisé par les équipes masculine et féminine. Cette réussite a contribué à créer une ambiance exceptionnelle, à la fois chaleureuse et célébratoire. Nous avons passé un excellent moment ensemble, qui a permis de terminer cette saison de la plus belle des manières.

 

Quel sentiment domine aujourd’hui après ce 4e titre personnel de champion de Côte d’Ivoire avec l’ASEC Mimosas et le 30e du club ?

C’est avant tout un immense bonheur. Nous sommes heureux d’avoir pu rendre fiers les supporters, les dirigeants et toute la famille mimos. Ce titre vient récompenser énormément de travail, d’investissement et d’engagement chaque jour pour arriver à surpasser les difficultés. Même si nous savourons ce moment, nous sommes déjà tournés vers la suite, car le métier d’entraîneur oblige toujours à anticiper.

 

''Nous avions le potentiel pour être champions''

 

À quel moment avez-vous senti que votre équipe pouvait finalement aller chercher le titre ?

Honnêtement, cela s’est construit progressivement. Nous avons bien commencé la saison avec les trois premiers matchs, puis connu plusieurs périodes difficiles. Malgré cela, j’ai toujours pensé que nous avions le potentiel pour être champions. Même après certaines défaites compliquées, notamment contre la SOA en février, je restais convaincu que l’équipe pouvait renverser la situation à condition de continuer à travailler et à rester concentrer. Je me souviens qu’après notre défaite face à la SOA lors de la reprise du championnat, j’avais déclaré aux journalistes que nous étions capables d’aller chercher le titre. À ce moment-là, beaucoup de personnes en doutaient peut-être, mais j’en étais convaincu.

 

Après deux saisons sans trophée de champion de Côte d’Ivoire, ce sacre a-t-il une saveur particulière ?

Oui, tout à fait, parce que ce titre arrive après deux saisons compliquées et frustrantes, même si nous avions réalisé de bonnes choses. Nous avons été confrontés à plusieurs difficultés que nous n’avons pas réussi à surmonter au moment décisif. Il y a deux saisons, notre beau parcours en Ligue des champions, jusqu’aux quarts de finale, nous a sans doute coûté beaucoup d’énergie. Nous n’avions peut-être plus toutes les ressources nécessaires pour maintenir le même niveau de performance jusqu’au bout du championnat. Malgré cela, nous avions réussi à nous qualifier pour une compétition africaine, ce qui nous a permis de poursuivre notre progression la saison suivante. La saison dernière a été particulièrement frustrante. Nous avions réalisé un bon parcours en Coupe CAF et surtout une fin de championnat quasiment exceptionnelle. Nous étions revenus de très loin pour nous rapprocher du titre, mais dans un contexte particulier et avec certains événements qui nous ont frustrés, nous n’avons finalement pas réussi à aller le chercher. Il a donc fallu repartir au travail et redoubler d’efforts. C’est pour cela que ce titre a une saveur particulière. Quand on est à l’ASEC, on peut parfois avoir l’impression qu’être champion de Côte d’Ivoire est quelque chose de naturel. Pourtant, lorsqu’on regarde l’histoire récente, on se rend compte que ce n’est jamais simple. Nous avions déjà réussi une série de trois titres consécutifs, mais cela faisait longtemps que ce ne fût pas le cas. Le club a même connu une période de six années sans sacre. Cette fois, après seulement deux saisons sans titre, nous avons su revenir au sommet. Cela aurait peut-être pu arriver dès l’année dernière. Aujourd’hui, il y a forcément beaucoup de satisfaction et un vrai sentiment de soulagement. Ce titre ouvre également de nouvelles perspectives pour l’avenir, mais il faudra rester vigilant et continuer à travailler avec la même exigence pour confirmer.

 

''Les périodes de difficulté ont servi à renforcer notre caractère''

 

Quels ont été selon vous, les tournants majeurs de la saison ?

Cette saison a été marquée par plusieurs moments difficiles qui se sont révélés déterminants dans la conquête du titre. Avec un effectif largement renouvelé et composé de nombreux jeunes joueurs, l’encadrement a dû les préparer aux exigences de l’ASEC Mimosas, les accompagner dans leur progression et les aider à gagner rapidement en maturité. Les périodes de difficulté ont servi à renforcer notre caractère, tandis que les moments favorables ont nécessité de la vigilance pour éviter tout relâchement. Parmi les tournants majeurs figurent l’élimination en Coupe d’Afrique, qui a conduit le groupe à se recentrer sur l’objectif du championnat, la série négative de novembre qui a mis à l’épreuve le mental des joueurs malgré de bonnes performances, puis la défaite contre la SOA en février, venue rappeler que rien n’était acquis. En surmontant ces épreuves sans perdre de vue ses objectifs, l’équipe a gagné en solidité et en maturité. Les succès obtenus lors du sprint final, notamment contre le RCA et le FC San Pedro, ont illustré les progrès réalisés tout au long de la saison. Au final, c’est la capacité du groupe à transformer les difficultés en opportunités d’apprentissage qui a permis de construire ce titre.

 

 

 

Vous avez dû faire face aux critiques et au mécontentement d’une partie des supporters à un moment donné. Comment avez-vous géré cette pression ?

Plutôt sereinement en adaptant constamment mon management à un groupe jeune et parfois en manque d’expérience. Face aux moments de doute, j’ai privilégié le soutien et la protection des joueurs, allant même jusqu’à échanger directement avec les supporters afin de préserver l’équipe d’une pression excessive et de renforcer leur soutien. L’objectif a été de maintenir un équilibre, rassurer les joueurs dans les périodes compliquées et, au contraire, rester exigeant lorsque les résultats étaient favorables afin d’éviter tout relâchement. Pour moi, la confiance et la solidité du groupe se sont construites avant tout dans le travail quotidien et les messages transmis aux joueurs. Les supporters ont également joué un rôle important en apportant une énergie positive et en accompagnant l’équipe dans les moments clés. Malgré la pression accrue liée aux réseaux sociaux et à la rapidité des réactions qu’ils génèrent, le groupe est resté concentré sur l’essentiel. C’est-à-dire le travail, les performances et les résultats. Cette capacité à rester focalisé sur ses objectifs, associée à l’engagement des joueurs et au soutien des supporters, a été déterminante dans la conquête du titre.

 

Vous mettez-là un point d’honneur au soutien des supporters et à la prise de conscience des joueurs, mais on est tenté de vous demander si vous n’avez pas douté à certains moments de la saison ?

Le doute fait partie de notre quotidien. Il est vrai que je n’ai pas toujours entretenu les meilleures relations avec les supporters, mais c’était souvent à des moments où je considérais certaines critiques injustes. Je pense notamment à cette période où nous avions concédé un match nul alors que nous étions les premiers qualifiés pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. Dans ce contexte, je trouvais certaines réactions excessives et peu en phase avec la réalité de notre parcours. Cela dit, nous restons toujours lucides. Le doute est, selon moi, une composante essentielle de la performance. Je m’en inspire souvent, car c’est aussi ce qui nous maintient en éveil. Il n’y a rien de pire que de penser que tout est acquis. Nous demandons constamment à nos joueurs de faire preuve d’humilité, de se remettre en question et de continuer à progresser. Nous devons être les premiers à appliquer ces principes. Une fois qu’un objectif est atteint ou qu’un match est gagné, nous savons qu’il y a déjà d’autres défis qui nous attendent. Le doute est important parce qu’il nous pousse à chercher de nouvelles solutions, à analyser ce qui peut être amélioré et à ne jamais nous reposer sur nos acquis. Gagner ne signifie pas que tout est parfait, et il est essentiel de conserver cette exigence. Bien sûr, il y a eu des moments de doute au cours de la saison. C’est même inévitable lorsque l’on vise de grandes ambitions. Mais malgré ces interrogations, nous avons toujours gardé une conviction profonde. Celle que nous avions les qualités, les ressources et l’état d’esprit nécessaires pour atteindre nos objectifs. C’est cette confiance dans notre travail qui nous a permis d’avancer jusqu’au bout.

 

''Les deux succès face au FC San Pedro ont été déterminants dans la conquête du titre''

 

Si vous deviez résumer la saison 2025-2026 en une phrase ou une image, que diriez-vous ?

S’il fallait retenir qu’une seule image de la saison, je choisirais la célébration du titre, considérée comme l’une des plus marquantes de l’histoire récente du club. Malgré l’impossibilité de fêter ce sacre à Sol Béni, le rassemblement délocalisé des équipes masculine et féminine, des supporters, des partenaires et de toute la famille jaune et noir a créé une atmosphère unique et mémorable. Sur le plan sportif, plusieurs moments symbolisent également cette saison réussie. La victoire contre le RCA a illustré le caractère, la solidarité et la capacité du groupe à répondre présent dans les grands rendez-vous. Les deux succès face au FC San Pedro ont aussi été déterminants, notamment le spectaculaire retournement de situation du match aller, remporté 4-2 après avoir été mené 2-0, révélateur de la force mentale de l’équipe. Enfin, la victoire obtenue à San Pedro en fin de saison, dans un contexte perturbé par des enjeux administratifs, a démontré le sérieux et la détermination du groupe jusqu’au bout. Au-delà des résultats, cette saison restera celle d’une équipe qui a su surmonter les obstacles, faire preuve de résilience pour conclure son parcours par un titre pleinement mérité célébré dans une grande communion avec ses supporters.

 

Vous terminez votre 7e saison sur le banc de l’ASEC Mimosas en votre qualité d’entraîneur principal, hormis les années passées à l’Académie MimoSifcom. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

C’est toujours délicat, parce que ce sont souvent les autres qui doivent porter ce regard sur votre parcours. Et puis, le fait de revenir en arrière n’est pas forcément un bon signe. Cela peut vouloir dire qu’on se rapproche d’une fin de cycle. Pour ma part, je préfère surtout rester tourné vers l’avenir. Cela dit, en prenant un peu de recul, on peut dire que c’est une belle histoire commune qui continue de s’écrire, avec des moments de réussite réguliers. Il y a d’abord tout le travail réalisé dans la formation, avec de nombreux jeunes joueurs qui ont pu se développer ici avant d’exporter ensuite leur talent. C’est la preuve d’un travail cohérent et de qualité. C’est aussi ce qui nous a permis de nous connaître, de construire une relation de travail solide et d’apprendre à fonctionner ensemble dans la durée. Cette continuité est assez symbolique de ce que représente le club. Nous évoquions tout à l’heure ces quatre titres de champion, qui permettent de rejoindre certaines grandes figures de l’histoire de l’ASEC Mimosas. Bien sûr, cela laisse une trace, mais au-delà de l’aspect individuel ou statistique, c’est surtout une histoire collective qui se construit. L’essentiel reste de ne pas trop s’attarder sur le passé pour continuer à avancer. Le football est ainsi fait. On rattrape parfois des records que l’on pensait hors de portée, puis on se rend compte qu’ils finissent toujours par être battus. L’important est donc de rester dans cette dynamique, de ne pas se satisfaire de ce qui a été fait et, si possible, de continuer à écrire notre propre histoire en allant chercher de nouveaux trophées.

 

Qu’est-ce qui explique selon vous, votre longévité à la tête de l’équipe dans un environnement où les entraîneurs restent rarement aussi longtemps ?

Ce sont avant tout des rencontres entre des personnes, des méthodes et des visions du travail. Au fil du temps, nous avons appris à nous connaître et à comprendre que nos mentalités se rejoignaient autour des mêmes objectifs. Avec les jeunes, il y avait une logique de développement sur le long terme, tandis qu’avec les professionnels, l’exigence était davantage tournée vers le court terme et la recherche de trophées. Malgré ces différences, nous avons toujours réussi à nous retrouver autour d’une même énergie et d’une volonté commune de faire avancer le projet. C’est ainsi qu’une vraie rencontre s’est construite. Il y a forcément un attachement qui se crée, parce qu’on se trouve à des moments où chacun a besoin de l’autre et où chacun apporte ce que l’autre attend. L’essentiel, ensuite, est de continuer à prouver chaque jour, de rester dans cette exigence sans relâchement. C’est ce qui permet de durer. Lorsque cette dynamique est partagée par tous, il n’y a pas de raison de ne pas continuer ensemble. C’est un fonctionnement qui peut sembler atypique, même s’il existe dans d’autres clubs avec des entraîneurs qui ont marqué leur époque par leur longévité. Nous ne sommes pas les premiers à vivre cela, mais cela repose toujours sur la volonté de se remettre en question, de continuer à collaborer et de tirer tout le monde vers le haut.

 

En quoi votre équipe actuelle est-elle différente de celles de vos précédents titres ?

Concernant la différence avec les équipes précédentes, celle-ci était effectivement plus jeune, avec moins de maturité et de leadership. C’est une difficulté que nous avons rencontrée, mais chaque saison que j’ai vécue ici a été différente de la précédente, en raison de l’évolution constante du groupe. Il y a bien sûr eu une forme de continuité, notamment lors de nos trois titres consécutifs, où il y avait eu peu de départs. Mais même dans ces périodes, il fallait à chaque fois ajuster certains détails, parfois quelques éléments seulement, parfois davantage. Cela rend toujours les choses plus complexes. Cette saison, le groupe était clairement moins expérimenté. Par moments, il a fallu beaucoup plus accompagner les joueurs, les guider, les remettre sur le bon chemin et les aider à rester concentrés sur les bonnes priorités. Dans d’autres saisons, nous avions davantage de cadres capables de prendre le relais naturellement, notamment sur des aspects du quotidien. Là, il a fallu insister davantage sur le professionnalisme, la rigueur et la concentration, pour faire progresser à la fois l’équipe et les joueurs individuellement, car beaucoup d’entre eux étaient aussi dans une logique de développement. Nous avons réussi à mener ces deux objectifs de front. C’est ce qui rend cette saison particulière. Ce titre vient sans doute récompenser un travail encore plus profond et plus constant que lors des saisons précédentes. Et forcément, dans ce contexte, la conclusion n’en est que plus satisfaisante.

 

Avec ce 4e titre, vous devenez le deuxième entraîneur le plus titré de l’histoire du club en championnat après ANZIAN Jean-Baptiste. Que représente cette place dans l’histoire de l’ASEC Mimosas ?

Depuis que je suis ici, j’apprends à chaque fois un peu plus sur l’histoire du club. Mais je reconnais que je n’étais jamais remonté aussi loin, et d’ailleurs cet élément a parfois été oublié dans les interventions de fin de saison. Cela montre bien qu’il s’agit d’une autre période, même si elle a forcément compté pour l’ASEC Mimosas. C’était même avant l’arrivée du président Roger OUEGNIN, ce qui explique que je ne sois pas allé aussi loin dans mes recherches. Mais c’est intéressant, car cela permet de mieux comprendre les différentes étapes de l’histoire du club. Chaque période a ses spécificités, même si celle-ci est évidemment différente des autres. Ensuite, il y a eu des périodes beaucoup plus fastes, notamment avec le président OUEGNIN et ses 23 titres. À ce niveau-là, je suis encore très loin, et ce serait évidemment un rêve d’atteindre un tel palmarès. Mais il faut voir cela comme des étapes. Nous sortons d’une période un peu plus difficile après des années 90 très riches, et les choses se sont progressivement remises en place. Le mérite revient surtout au travail accompli pour reconstruire et stabiliser l’ensemble. C’est valorisant, car cela montre que nous avons su remettre le club dans une dynamique de performance et de conquête de titres.

 

''Sans les joueurs, rien n’est possible… Nous avons la chance d’être très bien accompagnés''

 

Ressentez-vous une forme de fierté personnelle en rejoignant une figure aussi emblématique du club, vainqueur de la toute 1re édition de la Coupe FHB en 1975 ?

Bien sûr, il y a une satisfaction personnelle, mais avant tout, collective. C’est le plaisir de gagner et la volonté de le faire le plus souvent possible. Même si, dans un monde idéal, cela serait permanent, on sait bien que ce n’est pas réaliste. Avec l’expérience, et en observant même de très grands entraîneurs qui ne gagnent pas chaque année, on garde beaucoup d’humilité. Cela permet aussi de relativiser les critiques et de ne pas s’y attarder. À un moment, j’avais même dit avec un peu d’humour que je n’écoutais plus personne, mais l’idée, en réalité, est surtout de ne pas se laisser polluer et de rester lucide. Cette lucidité rappelle aussi une évidence. A savoir que sans les joueurs, rien n’est possible. Il y a bien sûr un fort investissement personnel de ma part et de mon staff, car la charge de travail est importante au quotidien. Mais j'ai la chance d’être très bien accompagnés par un staff stable et fidèle depuis mon arrivée, même s’il y a eu quelques évolutions. Cette continuité nous permet de travailler avec sérieux, maîtrise et cohérence. Sans le staff, ce serait impossible, et sans les joueurs également. Même si, il faut le reconnaître, le staff porte une grande part de la charge, car dès qu’un match se termine, il faut déjà préparer le suivant, gérer les éventuels blessés et anticiper les échéances à venir. C’est un travail permanent. Vous avez raison de dire que les entraîneurs restent rarement longtemps dans la célébration. On savoure très peu les victoires, car on pense déjà à la suite, les problèmes à résoudre, la préparation de la semaine suivante, et les ajustements à faire. Dans un effectif qui évolue beaucoup, la projection est encore plus rapide, notamment vers la saison suivante, le recrutement et l’organisation du groupe.

 

Quels joueurs ou quels leaders ont été essentiels dans la conquête de ce titre 2025-2026 ?

Concernant les leaders et les joueurs clés, c’est avant tout un travail collectif. Nous avons parfois manqué de personnalités très affirmées pour tirer le groupe, ce qui nous a obligés à accompagner davantage les joueurs en interne, avec le staff, pour les faire progresser et les responsabiliser. Sur le plan symbolique, Souleymane FOFANA a été logiquement récompensé comme meilleur joueur du championnat. Il a été un véritable moteur offensif, capable de nous sortir de situations compliquées grâce à son efficacité et notamment sa capacité à marquer de loin, ce qui a été un atout important cette saison. Mais au-delà des individualités, c’est vraiment l’énergie du groupe qui a fait la différence. Même les joueurs qui jouaient moins sont restés pleinement impliqués, présents à l’entraînement et dans la vie du groupe, toujours positifs et solidaires. Cette cohésion a été essentielle. On a aussi vu des trajectoires intéressantes, comme celle de OUATO Bakaré Kevin, qui a su rebondir après un début de saison difficile pour redevenir décisif. Cela illustre bien la dynamique collective. Des moments plus compliqués pour certains ont été compensés par la progression et l’apport d’autres joueurs. Au final, c’est cet état d’esprit collectif, cette unité et cette capacité à rester solidaires dans toutes les situations qui ont marqué notre saison.

 

L’ASEC Mimosas reste fidèle à sa politique de formation. Comment jugez-vous l’évolution des jeunes joueurs promus cette année ?

L’intégration des jeunes issus de l’Académie a toujours été une priorité, même si les passerelles vers l’équipe professionnelle étaient parfois moins efficaces. Au fil des années, cette transition s’est améliorée, portée à la fois par l’évolution du football et par l’expérience du staff dans la formation des jeunes joueurs. Mon parcours à l’Académie, me permet de mieux comprendre les défis de cette étape intermédiaire où les jeunes découvrent le haut niveau sans être toujours totalement prêts à s’imposer. Mon rôle consiste alors à leur accorder du temps, à les accompagner et à favoriser leur progression jusqu’à ce qu’ils puissent exprimer pleinement leur potentiel. Cette saison, plusieurs jeunes joueurs ont répondu aux attentes et contribué activement au titre remporté par l’équipe. Contrairement à certains anciens talents qui avaient quitté le club sans connaître ce succès, ils ont eu l’opportunité de devenir champions avant d’envisager une carrière à l’étranger. Cette réussite représente une grande fierté pour eux comme pour le club et valorise la formation. C'est super pour ces jeunes de gagner avec leur club formateur avant de poursuivre leur progression ailleurs.

 

'' La Coupe d’Afrique représente des moments importants pour le club''

 

Quels seront désormais les objectifs du club sur la scène africaine la saison prochaine ?

Comme chaque année, l’ambition est la même en début de saison. Celle de réaliser les meilleurs parcours possibles. En Coupe d’Afrique, l’objectif idéal reste évidemment de la remporter. Mais il y a aussi une part de lucidité indispensable, notamment sur la manière de construire l’effectif. Le premier enjeu, c’est d’être capable de passer les tours préliminaires, ce qui n’est jamais simple, surtout avec les mouvements de joueurs, pas seulement dans notre club mais aussi dans l’ensemble du championnat. Il faut réussir à construire un groupe suffisamment prêt et compétitif pour répondre immédiatement aux exigences du début de saison. C’est vraiment la première étape, et elle est déterminante. Nous avions réussi à la franchir les saisons précédentes, mais nous l’avions manquée la saison dernière. L’objectif est donc de retrouver cette stabilité et cette efficacité, car la Coupe d’Afrique représente des moments importants pour le club. Ensuite, il y aura également l’objectif du championnat local, avec l’ambition de rester conquérants et, pourquoi pas, de relancer un nouveau cycle. La dernière fois, nous avions enchaîné trois titres consécutifs. L’idée serait déjà de reproduire une telle dynamique, même si cela demandera beaucoup de travail pendant l’intersaison. C’est une période clé, car c’est là que se construit la base de la saison à venir.

 

Souhaitez-vous poursuivre l’aventure avec l’ASEC encore plusieurs saisons ?

En tout cas, nous sommes au travail, comme toujours, et nous préparons déjà la prochaine saison. On sait que tout dépend des résultats, mais aussi de la compréhension des gens et de la volonté de continuer à avancer ensemble. Il y a énormément de paramètres qui entrent en jeu. L’an dernier, nous étions à une échéance particulière, en fin de contrat après deux saisons sans titre. Nous avons finalement fait le choix de repartir ensemble, ce qui montre bien que rien n’est jamais écrit, ni dans un sens ni dans l’autre. Cela rappelle simplement qu’il faut continuer à s’investir, répondre aux exigences et apporter son énergie au développement du club. Nous arrivons aujourd’hui à un moment important. Depuis quelques saisons, nous avions en tête l’arrivée à Gboro Gbata. Nous avons commencé à nous y entraîner cette saison, et nous sommes très heureux d’y entrer en ayant pu ramener le titre au club. C’était un objectif symbolique et important, à la fois pour le club et pour nous dans notre travail. C’est aussi un projet qui s’inscrit dans la durée. Il a commencé à se mettre en place et il va encore évoluer dans les prochaines saisons. L’idée est de continuer à construire, à structurer et à inscrire le club dans une dynamique de performance durable.

 

Pour conclure, quel message adressez-vous aujourd’hui aux Actionnaires qui ont parfois douté de vous cette saison ?

Je les ai trouvés remarquables, fidèles et résilients à l’image de l’équipe malgré les difficultés. Ils ont su accepter les moments compliqués tout en continuant à soutenir le groupe. Au fil de la saison, un véritable rapprochement s’est créé entre eux et l’équipe, avec de beaux moments de communion à l’issue de certaines rencontres. Je profite pour leur présenter mes excuses, car les obligations médiatiques m’empêchaient souvent d’aller à leur rencontre après les matchs. Cela ne traduisait en aucun cas un manque de considération. Ces instants appartiennent avant tout aux joueurs, car ce sont eux qui se battent sur le terrain, vont chercher les victoires et méritent d’être célébrés. Je remercie sincèrement nos supporters pour l’état d’esprit qu’ils ont insufflé autour de l’équipe. Dans les moments où nous en avions le plus besoin, ils ont répondu présents. Nous avons essayé de leur rendre cette confiance à travers une très belle série de résultats. Bien sûr, nous aurions aimé faire encore mieux. La fin de saison reste marquée par cette demi-finale de Coupe nationale perdue aux tirs au but dans un contexte particulier, ainsi que par les deux dernières rencontres disputées alors que le titre était déjà acquis. Ces éléments ont également montré que nous n’avions pas encore toutes les ressources pour réaliser une saison plus aboutie. C’est un constat qui nous encourage à poursuivre nos efforts, à continuer de travailler et à progresser.