Interview bilan : TRAORÉ Siaka "Gigi" Entraîneur Principal équipe fémninine (ASEC Mimosas)
L'organisation du club, la clé de notre succès
L'équipe féminine de l'ASEC Mimosas a réalisé une véritable razzia
cette saison en D. Le troisième acte dans l'élite est également couronné par un
statut continental de vice-championne de la Ligue des champions féminine pour
sa première participation. Un parcours brillant sur lequel le technicien
mimosas, TRAORÉ Siaka, revient dans cette interview-bilan.
Vous êtes champions de Côte d'Ivoire pour la
deuxième année consécutive. Quel sentiment vous anime ?
Un sentiment de joie, je suis très content de
mes filles. Je pense qu'on a fait une très bonne saison. Championne de Côte
d'Ivoire, meilleure joueuse, meilleure buteuse, meilleure gardienne, meilleur
entraîneur de la saison... de quoi être satisfait. C'est un bilan hautement à
la hauteur de nos efforts. Bravo à tous.
Parlons d’une année de tous les records.
Vainqueur du tournoi UFOA-B pour votre première participation, vice-championne
d'Afrique 2025-2026 pour une première également, sans oublier le titre
national. Quelle a été, selon vous, la clé de cette performance XXL?
La clé, c'est le travail. La bonne humeur et
l'organisation du club. Les dirigeants croient en la section féminine et
mettent beaucoup de moyens pour que l'équipe avance. De notre côté, notre rôle
est de faire progresser les filles afin d’atteindre nos objectifs.
L'objectif initial, c'était de se qualifier
pour la Ligue des Champions, parce qu'aucune équipe féminine ivoirienne ne
l'avait fait jusque-là. Cette compétition, était un vrai défi à relever.
Ensemble, avec les filles et les dirigeants, on s'est préparés pour cela. Le
résultat, vous le connaissez.
Justement, vous qui ne connaissiez que la Ligue
des champions masculine, comment avez-vous vécue cette première continentale
avec les féminines?
Je l’ai bien vécue, même si ce n'était pas
facile. Et le fait qu’on y allait pour apprendre nous a libérés d'un poids.
L’équipe a joué sans pression. L'ASEC Mimosas était méconnue à ce niveau car
nous découvrions la compétition.
Il fallait simplement se libérer et jouer
tranquillement notre football. Prouver que l’on peut compter avec le football
féminin en Côte d'Ivoire. Ce sont les conseils que nous avons donnés aux filles
et qu’elles ont parfaitement suivies.
De retour de cette Ligue des champions, vous
bouclez le championnat de D1 par ce deuxième titre consécutif. Comment
l’avez-vous préparé?
On a commencé la préparation très tôt. On a eu
plus de six semaines de travail parce qu'on savait que le calendrier allait
être difficile. Il fallait jouer l'UFOA-B, la Ligue des Champions, puis
enchaîner directement avec le championnat au pays. On a donc eu le temps
nécessaire et les moyens ont suivi.
Les dirigeants ont mis beaucoup de ressources à
notre disposition pour qu'on soit vraiment dans les meilleures conditions. De
plus, on ne peut pas quitter la Ligue des champions pour venir jouer les
seconds rôles en championnat national. J'ai toujours dit que l'ASEC Mimosas se
devait de jouer le premier rôle. Parfois ça ne marche pas, mais l'objectif
reste de finir champion de Côte d'Ivoire. Les filles en sont conscientes. On se
bat toujours pour le titre national afin de pouvoir repartir à la conquête de l’Afrique.
Comme on s'est arrêtés en finale cette année, dès qu'on revient au pays, on a
tout de suite envie d'y retourner pour revivre l'expérience.
Le recrutement et l'évolution de l'encadrement
technique n’ont-ils pas joué un rôle central dans cette réussite ?
Oui, absolument. On a eu des renforts
importants. Au niveau de l'encadrement, le coach Kra KOUABENAN est venu
nous épauler et nous apporter son expérience. Cela a payé. On a également
recruté quelques filles pour renforcer l'effectif. À tous les niveaux, chacun
et chacune a mis la main à la pâte. Quand tout le monde tire dans le même sens,
cela donne des résultats positifs.
Quel a été l'apport concret de la direction
pour vous permettre d'être aussi performants ?
Elle a mis tous les moyens nécessaires à notre
disposition. Les filles étaient logées et encadrées dans de superbes
conditions. Tout ce qu'on a demandé a été validé. On n'a eu aucun souci à ce
niveau, du début de la préparation jusqu'à la Ligue des champions. Quand on a
l'esprit libre, on se concentre mieux sur le football.
Comment avez-vous perçu le soutien des
Actionnaires et du public tout au long de la saison ?
Les Actionnaires nous ont énormément soutenus,
que ce soit en Côte d'Ivoire ou étant en Égypte. On recevait tout le temps des
messages et des mots d'encouragement. Je profite de l'occasion pour les
remercier pour leur soutien et leurs prières.
Même s'ils n'étaient pas physiquement avec nous
en Égypte, leur présence se faisait sentir. Tout le monde a participé à cette
réussite. Je leur dis un grand merci. Ils n'ont jamais cessé de soutenir leur
club et il faut qu'ils continuent. Ce n'est pas fini. Le tournoi UFOA-B 2027
arrive à grands pas, il faut qu'ils continuent à croire en cette équipe. On
travaille pour eux. Et leur donner de la joie est notre plus grande
satisfaction.
Quelles sont vos plus grandes satisfactions de
la saison ?
J'en ai deux principales. La première, c'est
d'être arrivé en finale de la Ligue des champions pour notre toute première
participation. Pour une section créée il y a seulement 4 ans, se hisser en
finale africaine est une immense satisfaction.
Ma seconde, c’est le fait de voir 10 de nos
joueuses sélectionnées en équipe nationale A. Cela prouve qu'un excellent
travail est fait au quotidien, qu'on est sur le bon chemin et qu'il faut
continuer ainsi. C'est amplement mérité pour elles.
Trois années aux commandes, deux titres de
champion de D1, un statut de vice-champion d'Afrique et une saison
exceptionnelle au plan local (invaincu avec 23 victoires et un seul match nul).
Jusqu'où comptez-vous aller avec cette équipe de l'ASEC Mimosas ?
Si vous regardez la trajectoire de l'équipe, la
progression est constante. La première saison, on finit deuxième. La deuxième
saison, on finit champion avec une défaite. Et la troisième saison, on boucle
les 24 matchs sans la moindre défaite, avec un seul match nul. Il y a une
réelle progression. Parallèlement, on place de plus en plus de joueuses dans
les sélections nationales (10 en équipe A, et régulièrement 3 ou 4 en U20).
Maintenant, notre objectif prioritaire, c'est
la Ligue des champions. Au niveau national, on a prouvé notre valeur. En
Afrique, on y était allés pour apprendre, on a vu comment ça se passait et on a
acquis de l'expérience. La saison prochaine ne sera pas facile, car tout le
monde connaît désormais l'ASEC Mimosas. On sera attendus dès le tournoi de
l'UFOA-B, où il faudra aller chercher la qualification. On va travailler en
conséquence pour mettre toutes les chances de notre côté.
Si on remporte la Ligue des champions un jour,
on aura la possibilité d'aller jouer le Mondial des clubs féminins. Il y a une
vraie soif de trophées pour faire grandir ce club au-delà des frontières
ivoiriennes.
Vous attendiez-vous à de telles performances en
prenant la tête de cette équipe féminine ?
Dire que je m'y attendais, ce serait mentir. Je
ne connaissais pas le football féminin. Toute ma carrière s'étant déroulée avec
les hommes. Au début, c'était un peu difficile, c'était une transition
délicate. C'est une nouvelle expérience dans laquelle je me suis lancé et je
pense que la mayonnaise a pris.
Au-delà des difficultés initiales, l'envie et
le courage de ces jeunes filles m'ont énormément motivé. Au fur et à mesure,
j'y ai pris goût. Elles ont encore une marge de progression impressionnante, et
énormément de potentiel. Il faut continuer à travailler et l'avenir nous
donnera raison.
Sur le plan tactique, quels sont les aspects ou
les ajustements qui ont particulièrement bien fonctionné cette saison ?
Physiquement, les filles étaient prêtes, elles
ont fourni un gros travail. Tactiquement, elles ont énormément progressé. On a
commencé la saison dans un système 4-3-3
et on l'a terminée en 3-5-2. Elles ont assimilé ce changement très rapidement,
cela est allé presque plus vite que prévu.
Cette polyvalence tactique a permis à tout le
monde de marquer des buts. Dans l'effectif, sur 24 joueuses, pratiquement
toutes ont marqué au moins un but cette saison, à l'exception des gardiennes.
Cela prouve que notre animation offensive et notre système ont très bien
fonctionné.
À l'inverse, y a-t-il des choses que vous
estimez devoir encore améliorer ?
Bien sûr, les balles arrêtées. C'est la phase
de jeu qu'on a le moins travaillé cette année, car nous étions concentrés sur
le travail physique et la mise en place tactique. La saison prochaine, on va
mettre un accent tout particulier là-dessus. C'est un aspect capital qui permet
de débloquer des situations et de gagner des matchs quand le jeu est serré.
Comment évaluez-vous l'évolution individuelle
de vos joueuses ?
Je suis vraiment satisfait. Pour certaines
filles, c'était très difficile tactiquement et physiquement de suivre le
rythme. Aujourd'hui, la joueuse qui symbolise le plus cette progression, c'est Naomi
KOUASSI. À mes débuts, elle avait du mal à enchaîner et ne jouait
pratiquement pas. Aujourd'hui, elle est internationale. C'est un point qu'il
faut souligner. Elle a fait d'énormes progrès. Rien n'est définitivement
acquis, mais sa trajectoire prouve la qualité du travail accompli ici.
Ces excellentes performances vont-elles
grandement influencer votre effectif en termes de départs et d'arrivées ?
Oui, c'est certain. J'ai dit aux filles
qu'après une telle saison et une finale de Ligue des champions, il est normal
que certaines reçoivent des offres. Voir nos joueuses s'engager à l'étranger
pour tenter une expérience professionnelle fait totalement partie de mes
objectifs. Cela valorise notre formation.
Il y aura donc des départs, mais aussi des
arrivées. On travaille activement sur cet aspect avec la présidente et la
direction. On a ciblé plusieurs joueuses pour renforcer l'équipe. Pour le
moment, on ne peut pas annoncer de noms, mais disons que le recrutement est
quasiment bouclé. On aura de superbes renforts.
Comparativement à l'année dernière, quel regard
portez-vous sur le niveau général de cette saison ?
Je pense qu'il y a eu du progrès à certains
niveaux. Quelques équipes ont montré de beaux visages. Je pense par exemple à
Mouna FC et Agir FC qui ont proposé de très bonnes prestations. On a aussi les
habituées comme l’Atlético d'Abidjan et Sekala Sports. En revanche, certaines
équipes ont un peu relâché, à l'image d'Inter d'Abidjan qui était championne il
y a deux saisons et qui est grandement redescendue au classement. Il faut
qu'elles se ressaisissent. Globalement, le niveau était acceptable, mais il peut
et doit être bien meilleur.
Pour relever le niveau, ne faudrait-il pas voir
émerger "plusieurs ASEC Mimosas" qui s'investissent massivement dans
les structures, les infrastructures et le traitement salarial des joueuses ?
C'est une certitude. Cela doit d'abord
commencer par l'encadrement. Les clubs doivent accepter d'engager des
techniciens diplômés et qualifiés, capables de faire progresser les athlètes.
Il faut comprendre que le football féminin est aujourd'hui une vitrine
mondiale. Les dirigeants se focalisent trop souvent exclusivement sur les
sections masculines. Ce que l'ASEC Mimosas vient de réaliser en Ligue des
champions doit servir de déclic et motiver les autres présidents de clubs à
investir et à recruter pour tirer le niveau vers le haut.
Quand le championnat local est trop faible, les
équipes qui se qualifient pour l'Afrique se retrouvent pénalisées par le manque
de rythme et d'adversité au quotidien. Il vaut mieux avoir un championnat hyper
compétitif à 10 ou 12 équipes de bon niveau qui se neutralisent, plutôt qu'une
ligue à 14 équipes voire plus où seulement 2 ou 3 tiennent la route. Les
dirigeants doivent prendre le football féminin au sérieux ; la Ligue 1
masculine et la D 1 féminine doivent se rapprocher en termes de standards.
Parlons à présent de Habibou OUÉDRAOGO élue meilleure joueuse
de l'UFOA-B, de la Ligue des champions et de la D1 et en sélection lors des
FIFA séries. Quand on a une telle joueuse dans son effectif, comment la
gère-t-on pour la maintenir à ce niveau ?
Habibou est une joueuse qui aime profondément le travail. Elle est
passionnée, courageuse et mentalement très forte. C'est une gagneuse née. Elle
refuse la défaite. En dehors du terrain, c'est une fille extrêmement calme et
discrète, mais dès qu'elle chausse les crampons, elle se métamorphose. Elle
accepte volontiers le travail, les consignes et les critiques pour progresser
en permanence.
À l'entraînement, elle met la même intensité
qu'en match officiel. Pour elle, il n'y a pas de "petit match".
Elle est au four et au moulin. Parfois, elle prend d'énormes coups pendant les
rencontres, au point qu'on pense qu'elle va abdiquer, et c'est finalement elle
qui se relève pour nous offrir la victoire. Je l'encourage énormément. Pour
être honnête, je pense qu'elle mérite d'aller voir ailleurs... Avec tout ce
qu'elle a gagné en Côte d'Ivoire, elle n'a plus rien à y prouver.
On imagine qu'avec une telle visibilité, il
sera difficile pour l'ASEC de la conserver...
Ce serait une belle récompense qu'elle trouve
un grand club à l'étranger. Elle a rendu d’immenses services au club et il faut
se montrer reconnaissant. Passé un certain cap, si elle reste ici, elle
pourrait manquer de motivation. Elle mérite d’aller monnayer son immense talent
à l'international, c'est tout le mal que je lui souhaite.
À quoi doit-on s'attendre pour la saison
prochaine concernant la conquête de l'Afrique ?
La reprise des entraînements est fixée au 6
juillet 2026. On va directement entamer la préparation pour le tournoi UFOA-B.
L'année dernière, on a bénéficié de l'effet de surprise. Cette fois-ci, nos
adversaires vont se préparer spécifiquement pour nous contrer. On sait que ce
sera difficile, mais on va s'accrocher. Quand on a goûté à une finale
africaine, on ne peut pas concevoir de ne pas retourner en Ligue des Champions.
On aura de la pression, rien n'est gagné d'avance, mais on répondra présent dès
le mois d'août.
La reprise fixée au 6 juillet ne prive-t-elle
pas les joueuses de temps de récupération ?
Elles auront un mois de vacances bien mérités.
Cependant, la gestion va être fine, car beaucoup de nos filles étaient
récemment en sélection. Il y a aussi la Coupe d'Afrique des Nations Féminine
qui se disputera probablement au mois de juillet. On attend de voir la liste
définitive des sélectionnées pour adapter notre planning de reprise. Comme
l'UFOA-B commence dès le mois d'août, le timing sera serré. Il faudra se
concentrer sur la récupération des internationales à leur retour pour bien
gérer l'effectif.
Justement, partager vos joueuses en permanence
avec la sélection nationale a parfois empiété sur la préparation de vos matchs
de D1. D'un point de vue humain, comment gérez-vous cela ?
Au début, la situation était complexe et un peu
frustrante. Par la suite, nous avons eu une excellente séance de travail avec
le sélectionneur, Reynald Pedros.
Il est venu nous rencontrer directement à Sol Béni. On a mis les choses à plat
et on a trouvé un excellent terrain d'entente. La communication est désormais
fluide. Quand elles sont en sélection, on sait exactement ce qu'elles font, et
inversement. Cette bonne entente nous permet de gérer au mieux la fraîcheur des
joueuses.
Quel est votre mot de fin ?
Déjà, un grand merci aux médias du club qui nous donnent régulièrement
l'opportunité de mettre en lumière notre travail. Enfin, un immense merci aux
Actionnaires. Qu'ils continuent à croire en cette équipe féminine et à nous
soutenir avec la même ferveur que les garçons. Au final, c'est l'ASEC Mimosas
qui gagne. Continuez de prier pour nous, et rendez-vous en août pour le début
du tournoi UFOA-B !