Le plus ancien débat du football
Dans le football, il existe une
certitude presque universelle : les discussions autour de l’arbitrage sont
aussi anciennes que le jeu lui-même. Depuis les premiers matchs disputés à la
fin du 19e siècle jusqu’aux plus grandes affiches mondiales
retransmises devant des millions de téléspectateurs, les décisions arbitrales
nourrissent débats, frustrations et parfois polémiques sans fin. Et
l’apparition récente de la VAR, loin de mettre un terme à ces discussions, leur
a simplement donné une nouvelle dimension.
Ces derniers mois certains n’hésitent
pas à affirmer que l’arbitrage ivoirien serait « le pire du monde ». La vérité
se trouve rarement dans les excès qui ne permettent pas d’appréhender toutes
les réalités.
Il ne s’agit évidemment pas d’exonérer
l’arbitrage ivoirien d’un indispensable examen de conscience. Des erreurs
existent, certaines parfois lourdes de conséquences, et une réflexion profonde
doit être menée afin d’améliorer durablement le niveau général. Mais il est
toujours utile de regarder ce qui se passe ailleurs avant de sombrer dans des
jugements définitifs. Cela rappelle cette maxime célèbre :
« Quand je me
regarde, je me désole ;
quand je me compare,
je me console. »
Que n’a-t-on pas entendu lors de la
dernière CAN, et plus particulièrement après sa finale, au sujet de l’arbitrage
? En Europe, chaque week-end ou presque, le Real Madrid et le FC Barcelone
dénoncent des décisions supposément favorables à leur rival. Plus récemment
encore, l’arbitrage de la demi-finale aller de l’UEFA Champions League a
provoqué la colère des supporters du Bayern Munich. Et que dire des affaires de
corruption révélées en Italie, rappelant que même les plus grandes nations de
football ne sont pas épargnées ?
Le football transporte une telle charge
émotionnelle que chaque décision litigieuse peut être vécue comme une injustice
insupportable. Une erreur d’arbitrage peut anéantir des semaines, voire des
mois de travail. Cela explique les réactions parfois excessives des joueurs,
entraîneurs ou dirigeants, surtout lorsque s’installe chez certains la
conviction dangereuse que l’erreur ne relève plus de l’humain mais d’un
arrangement.
Dans ce contexte, la priorité doit être
la reconstruction de la confiance entre le corps arbitral et les acteurs du
jeu. Cette confiance ne pourra naître que d’un double effort : l’amélioration
du niveau technique des arbitres et le renforcement du sentiment d’impartialité
des décisions.
La VAR, malgré ses imperfections et les
critiques qu’elle suscite encore, contribue déjà à réduire certaines erreurs
majeures, notamment sur les hors-jeux, probablement la règle la plus complexe à
arbitrer. Mais la technologie seule ne suffira pas.
La formation des arbitres doit devenir
une priorité absolue, tout comme l’amélioration de leurs conditions de travail
et de leur rémunération, dès lors qu’ils sont considérés comme des acteurs
essentiels du spectacle sportif.
Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, la
relation de confiance entre arbitres et acteurs du terrain semble
particulièrement fragilisée. C’est un chantier majeur qui doit accompagner le
renouveau de notre football. Car sans confiance dans l’arbitrage, c’est toute
la crédibilité du jeu qui vacille.
Benoît YOU