Vive le football !

Le football est un mauvais élève de la logique.

 

Depuis plus d'un siècle, des hommes s'acharnent à le comprendre ou à lui imposer des règles d'explication. Ils accumulent les statistiques, les schémas tactiques, les modèles mathématiques, les kilomètres parcourus, les données physiques. Ils cherchent des certitudes dans un jeu qui s'est construit sur leur absence.

 

Et le football continue de leur échapper.

 

C'est probablement ce qui le rend si différent des autres sports. Ailleurs, le plus fort gagne souvent. Au football aussi, d'ailleurs, mais seulement à la fin de l'histoire. Entre le premier chapitre et le dernier, il se passe parfois des choses qui défient le bon sens.

 

Une Coupe du Monde en offre toujours quelques exemples. Celle qui se déroule actuellement sur le continent nord-américain n'échappe pas à la règle. Des équipes que l'on imaginait de passage s'invitent à la table des grands. Des favoris trébuchent. Des inconnus deviennent des héros d'un soir. Le Cap-Vert, le Qatar et d'autres encore nous rappellent que le football ne lit pas les classements avant d'entrer sur le terrain.

 

Nous avons déjà vu cela.

 

Nous avons vu le Sénégal faire tomber la France championne du monde en 2002. Nous avons vu le Costa Rica défier l'ordre établi en 2014. Nous avons vu l'Arabie Saoudite battre l'Argentine en 2022.

Et nous avons vu la suite.

 

Parce que l'histoire est souvent plus maligne que ceux qui prétendent l'écrire à l'avance.

 

L'Argentine est devenue championne du monde après avoir été déclarée malade dès son premier match. Les Éléphants de Côte d'Ivoire ont soulevé la CAN 2023 après avoir traversé des jours où plus grand monde ne croyait plus en eux. Le football adore les verdicts précoces parce qu'il prend un malin plaisir à les démentir.

 

Pour les entraîneurs, c'est une forme de torture douce.

 

Ils passent leur vie à préparer ce qui ne pourra jamais être totalement préparé. Ils organisent, anticipent, corrigent, répètent. Ils imaginent le match cent fois avant qu'il ne commence. Puis arrive cette minute inattendue, ce ballon dévié, cette décision, cette émotion, ce détail invisible qui change tout.

 

Le football est un sport de maîtrise qui refuse d'être maîtrisé.

 

Et pendant ce temps, autour du terrain, les experts parlent. Ils ont toujours parlé. Ils parleront toujours. Ils expliquent le résultat de la veille avec une assurance admirable. Ils expliqueront le contraire demain avec la même conviction.

 

Ce n'est pas un reproche car nous sommes tous pareils.

 

Nous voulons comprendre ce qui nous échappe, donner du sens à l'inattendu.

 

Mais le football conserve jalousement sa part de mystère.

C'est sa beauté, sa fragilité, son pouvoir.

 

Et c'est sans doute pour cela que, malgré tout ce que nous croyons savoir de lui, nous revenons toujours le regarder.

 

Comme on revient écouter une histoire dont on connaît la fin sans jamais connaître vraiment le chemin.

 

Vive le football.

 

Benoît YOU